#4 – On vous dit comme on le voit.

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Rencontre avec la réalité agricole de Guanajuato.

// Octobre 2018

Bientôt 10 jours à Guanajuato à explorer la ville et les environs.. ! Par où commencer parmi tous nos questionnements, nos petits émerveillements mais surtout nos énormes doutes sur la capacité réelle de ce territoire à enclencher une transition ? Nous commençons peu à peu à mieux comprendre l’Etat de Guanajuato et son fonctionnement.. Ici l’agriculture est centrale dans l’économie locale. La grande majorité est constituée d’exploitations à grande échelle produisant des céréales et des légumes à destination des Etats Unis, de l’Europe ou du Japon.

Nous avons ainsi rencontré deux “chefs d’exploitation” situé dans le municipio de Salamanca à 1h30 de la ville de Guanajuato.

Et nous voilà donc devant Andrès, producteur comme l’était son père et son grand père qui travaillent également sur l’exploitation. 200 hectares, 9 personnes à temps plein, 50 saisonniers : du sorgho, du maïs ou encore du blé à destination d’entreprises telles que Heineken, – mais surtout d’alimentation animale. Uniquement sur un marché national. Andrès est ingénieur agronome et a développé l’entreprise familiale en devenant négociant pour sa propre production et celles de ses voisins.

Andrès a réussi dans la vie. Il a 24 ans et il est directeur général, il a le dernier drone sur le marché, une grosse Chevrolet et il est fier de ce qu’il a accompli. Comment ne pas l’être dans un pays où la pauvreté touche encore une grande majorité de la population.

 

 

Ensuite c’est Paolo qui nous explique qu’il produit 4 hectares de mûres et 60 hectares d’asperges à grands coups de pesticides mais avec beaucoup de propreté car c’est ce que veulent les “gringos”. Sa production est déjà vendue avant d’être produite (mais pas exactement comme le système des AMAP..). Les “gringos” veulent de “l’innocuité” alors toutes les salariées (cherchez l’erreur) portent des gants pendant la récolte et au moment de l’emballage et le tour est joué. Hop les Etats Unis certifient que les mûres et les asperges de Paolo peuvent venir rejoindre les rayons de leurs supermarchés. Approvisionner le marché local? Ce serait gagner beaucoup beaucoup moins d’argent et de toute façon il n’y a pas de marché local. “Les mexicains ne mangent pas de légumes”, ce “n’est pas dans leur culture”. Ah.

Labourage intensif? semences hybrides? fertilisants? pesticides ? “Ah oui ça.. oui.. c’est que ce n’est pas précisé dans le cahier des charges du certificat américain.. et puis on a toujours labouré comme ça, les semences sont plus productives, les fertilisants permettent d’accélérer le compostage des matières organiques, les pesticides de tuer nos araignées rouges.. et surtout, on gagne plus d’argent avec les américains qu’avec les mexicains qui ne pensent qu’à manger des tortillas et des chips !” Où est le problème finalement?

C’est vrai ça, il est où le problème? Ok pour faire pousser des légumes et du maïs on a besoin d’eau. Ok les aquifères sont presque vides et pollués. Mais le réchauffement climatique on le gèrera plus tard! “Dans 15 ans les nappes phréatiques seront vides mais.. peut être que dans 50 ans elles seront pleines de nouveau !”

Et nous avec nos questions qui nous paraissent aussi décalées que fondamentales..  – et le bio vous y pensez? “Les acheteurs s’en fichent” – les impacts sur la santé? “Nous n’utilisons que des pesticides qui n’ont pas d’impacts sur la santé”. Ok. Sont trop forts décidément… et ils sont fiers d’avoir réussi, fiers de faire de l’argent, de vivre bien dans un pays où la pauvreté reste maître. Fiers de leur culture alimentaire sans légumes. Que dire? L’argument économique, l’argument culturel.. que faire? Pour parler décroissance, pour réduire son train de vie et renoncer à l’argent il faut avoir été riche avant, non? Est ce que quelqu’un qui n’a rien peut avoir envie de rester dans une situation de sobriété?

Il nous semble que la décroissance est un choix et que la décroissance imposée peut difficilement être acceptée comme une situation satisfaisante.

“Très bien, merci pour la visite. Nous vous invitons à notre atelier multi-acteurs sur l’alimentation durable, à venir discuter avec d’autres acteurs que nous devons encore trouver qui initient un changement ici.” Mais au fait.. vous avez envie de discuter d’alternatives? on n’en est pas vraiment sûres.. mais on est deux petites françaises et on vous invite à quelque chose alors vous dites “si si, a su orden”.

Plus largement, que faut-il faire de cette agriculture à grande échelle qui accompagne de façon bien plus visible l’économie territoriale pour une petite minorité pendant que la grande majorité se partage les miettes?

Comment penser l’économie mondiale avec des petits producteurs ? Comment repenser la société à 7 milliards sans modèle économique? sans production intensive? Le bio peut nourrir le monde mais si personne ne l’achète ici (car il n’y en réalité aucun marché, aucune demande), il ne nourrit ni les habitants ni les producteurs.

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