#6 – On vous le dit comme on le voit

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Entre Pacifique et cordillère des Andes, nos premiers pas à Valparaiso.

// Décembre 2018

Au revoir Mexique, bonjour Chili !

Au revoir maïs, tacos, guacamole et Tecate bonjour empanadas, palta et vino !

Un féculent, un légume/fruit, un liquide fermenté, triptyque de base depuis des millénaires. Vous voyez déjà les parallèles entre les 2 pays ? Qu’est-ce que cette fameuse palta ? Et bien de l’avocat ! Eh oui encore. Mais ici ils ont du vin et du pisco à la place de la bière et du mezcal.

Ces 2 premières semaines à Valparaiso nous ont permis de mieux cerner le territoire et le pays, à coup de déjeuners végétariens avec des amis de connaissances d’amis, de tours de 3h de la ville au milieu des graffitis, d’explorations urbaines, de rencontres avec nos partenaires à l’université locale, de bières partagées un soir de pleine lune, ou encore de lectures de plans de développement régionaux lors d’une traversée en bateau de 30h au milieu du brouillard de Patagonie. Ces 2 semaines ont aussi permis de finaliser les productions de la mission Mexique, nous donnant l’occasion de – volontairement ou non – faire quelques premières comparaisons et de prendre le peu de recul possible sur nos 2 mois à Guanajuato.

Chili ! Chili. Pays aux mille visages, terre de feu, de glace comme de désert. Bras de terre de 180km de largeur et 5400km de longueur, coincé entre un océan source de richesses mais imprévisible et une cordillère des Andes majestueuse mais difficilement exploitable. On a hâte de savoir comment ils parviennent à faire de ces contraintes une force !

C’est après 18h de vol et pas moins de 3 avions et 2 bus que nous arrivons ce dimanche 16 décembre matin à Valparaiso. Entre les Andes au loin, l’océan Pacifique à deux pas et une ville aux maisons colorées réparties sur 42 cerros (quartiers, qui correspondent aux 42 collines de Valparaiso), on se dit qu’on arrive sur un autre type de défi avec toutes les découvertes qui vont avec !

Nous voilà mises dans le bain assez rapidement, le chauffeur de taxi nous raconte que les travailleurs du port sont en grève depuis plusieurs mois, et de violentes manifestations ont lieu tous les soirs en centre-ville. La cause ? Des conditions de travail ridiculement scandaleuses, et un port de Valparaiso en déprise, au profit de San Antonio, à peine plus au Sud de Valparaiso, qui devient alors premier port Chilien, par où passent maintenant la grande majorité des produits importés et exportés, et donc des richesses. On nous raconte aussi que 80% de la mer ont été « achetés » par de grandes « familles » riches de la région, tuant ainsi la petite pêche locale. Les bateaux de pêche se convertissent en bateaux pour touristes. On nous dit aussi que 7 familles contrôlent l’ensemble des secteurs agricoles et agroalimentaires du pays.

Première expérience culinaire Chilienne dans le seul commerce ouvert un dimanche matin à 7h30 – la station-service du coin. Autant dire qu’ici aussi on fait face à un mini choc. C’est cher ! Impossible de ne pas comparer avec le Mexique. Ici, sur une moyenne de 2 semaines, c’est avéré, vivre à Valparaiso coûte aussi cher que vivre en France. Sauf qu’ici, et on l’apprend peu de temps après, le revenu moyen s’élève à 270 000 pesos, soit 350€.

Outre cette expérience de type station-service, les traditions culinaires se voient plus difficilement, même si on ne se lasse pas des empanadas, de poisson frais et de vins locaux. Ou est-ce peut-être parce que ces habitudes sont finalement moins différentes des nôtres en France ? On dit que c’est aussi que les Chiliens sont moins extravaguant et expressifs, notamment vis-à-vis de leurs traditions que leurs voisins d’Amérique Latine. Il y a surement ça aussi, plus de discrétion.

C’est en discutant avec des chiliens et expatriés intéressés qu’on en apprend un peu plus sur le dur passé du Chili. 20 ans de dictature (1973-1990) sous Augusto Pinochet, ont conduit à une libéralisation extrême de l’économie du pays. Résultat, pays qui produit beaucoup, qui exporte beaucoup (du pétrole, des minéraux et… des hortalizas !), pays plus riche d’Amérique Latine, premier à entrer dans l’OCDE, mais aussi pays aux inégalités les plus fortes. Pays ou l’éducation est la plus chère au monde par rapport au PIB du pays. Pays ou l’accès aux soins est un parcours du combattant. Chili, rat de laboratoire des États-Unis. Entendu 2 fois en seulement 4 jours au Chili ! Après 2 mois au Mexique, on se dit qu’on n’a pas fini de parler des États-Unis dans nos vidéos et nos diagnostics (disculpa). Promis on essaiera de ne pas mettre trop d’images de chips et de coca !

Notre première aventure en dehors de Valparaiso en compagnie de Claire, voisine et également chargée d’étude en agriculture biologique à l’université de Valparaiso (Airbnb – notre LinedIn perso), nous donne un premier aperçu de l’agriculture locale. Culture intensive de palta exerçant une pression sur les ressources en eau, région agricole exportatrice de fruits et légumes à haute valeur ajoutée, petits producteurs locaux au pouvoir de négociation limité face aux grandes fermes détenant la majorité des terres. Une histoire qui se répète ? Peut-être un peu. Mais après tout, c’est bien parce que les problématiques sont les mêmes partout que le partage d’expérience apparait pertinent 🙂

Mais Valparaiso ville d’artistes, ville UNESCO, ville où il fait bon vivre ! A se perdre dans ses mille rues, impasses et téléphériques, à passer devant les ferias bio et les vendeurs d’empanadas aux mariscos, à ne plus savoir où donner de la tête devant les 101 possibilités de vins locaux, à admirer les fresques et graffitis, souvent politiquement engagés, recouvrant et colorant les façades et moindres centimètres carrés disponibles, on se dit aussi qu’il y a une âme, qu’il y a des citoyens prêts à consommer autrement, prêts à parler et manifester pour faire bouger les choses.

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