#7 – On vous le dit comme on le voit

Let's Food Cities > Uncategorized > #7 – On vous le dit comme on le voit

Néo-libéralisme, individualisme et politiques nutritionnelles

// Janvier 2019

L’individualisme le mal de notre siècle. Pour comprendre le système alimentaire du Chili, il faut comprendre son histoire de développement et les différentes crises qui l’ont parcouru.

Depuis qu’on est arrivées on a rencontré plein d’acteurs engagés mais très peu connectés entre eux. L’ultra libéralisme façonne profondément la société chilienne. On oublie trop souvent qu’en France existent des filets de solidarité solides, des droits sociaux acquis au fil de l’histoire à préserver à tout prix. Les français s’associent naturellement, coopèrent, construisent ensemble et ce bien plus qu’on ne l’imagine.

Au Chili, les individus ont été forgés par le marché, par le célèbre self made man, le libre arbitre comme règle d’or. La légende orthodoxe prétend que chacun dispose de l’information parfaite pour les meilleurs choix. Que la somme des individus éclairés aboutit au meilleur des mondes. La fameuse main invisible du marché régule la vie des gens. Les agriculteurs doivent vendre seul leur marchandise, subir les prix d’une multitude d’intermédiaires ou des supermarchés, d’une concurrence féroce. Les consommateurs disposent des informations nécessaires pour manger en conscience pour leur bien être et pour celui de tous.

Le Chili est aussi reconnu pour ses politiques nutritionnelles : des logos sur chaque produit alimentaire indiquant que certains d’entre eux sont très (et non trop) sucré, très salé, très gras, etc. Cette loi a été arrachée aux vrais décideurs de ce pays qui ont concédé la nécessaire intervention de l’Etat face à l’obésité ominiprésente : la poignée de familles ultra riches qui possèdent les grandes entreprises de ce pays, les multinationales venues exploitées les mille et unes ressources de cette langue de terre.

Les consommateurs sont avertis, plus d’excuses. Les entreprises s’adaptent et troquent le sucre pour l’aspartame afin de ne plus avoir à porter cette étiquette de la honte, afin de redevenir acceptable et choisi, de regagner la faveur des consommateurs.

Dix-sept ans de dictature ont mis fin aux coopératives agricoles laissant place à la règle du mieux disant, tirant les prix locaux vers le bas et entraînant les petits producteurs. Pour retrouver la valeur du produit, il faut le vendre à l’étranger. Exporter, exporter et maintenir la balance commerciale.

Comment? Les chiliens aussi mangent? Comment? Ils n’ont pas de quoi acheter le poisson pêché dans leur mer? Les légumes produits sur le terre? Eh bien importons! Des produits industriels étrangers, plus coûteux, on traitera de la nutrition, de l’obésité, du diabète par la suite. On fera une campagne comme celle d’”Elije vivir sano” (“Choisir de vivre sainement”). Oui choisis toi plutôt, nous on s’occupe de la croissance et toi prends tes responsabilités. Chacun ses problèmes.

– Tu veux acheter à manger mais le coût de la vie est trop chère? Nous avons la solution : le crédit à la consommation. Te voilà riche et endetté.
– Tu préfères acheter une voiture plutôt que du bio? ça nous va, les européens l’achètent au prix fort.
– Plus de poissons dans la mer tu dis? Très bien, que dit la FAO? Il faudrait pas passer pour des noobs alors qu’on est le seul pays d’Amérique Latine à faire partie de l’OCDE..

Et hop, une loi sur la pêche – des quotas pour tout le monde, beaucoup pour la pêche industrielle, un peu pour la pêche artisanale – 80% de l’espace maritime pour les premiers, 20% pour ces derniers. Et la FAO applaudit.

Nous somehow on est pas convaincues. Y’a comme un truc qui sonne faux. Ou qui pourra simplement pas durer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *