On vous le dit comme on le voit #11

Let's Food Cities > On vous le dit comme on le voit > On vous le dit comme on le voit #11

L’agriculture Vietnamienne, tradition ou modernisation ?

// Mai 2019

Rien n’est plus diversifié que l’agriculture Vietnamienne : des montagnes de Sapa, au delta du Mékong, en passant par les plateaux de la zone centrale, le Vietnam bénéficie des conditions pédo-climatiques presque parfaites pour développer une agriculture riche et diversifiée pour sa population.

Au-delà de cette verdure bucolique, en s’imaginant le Vietnam, en particulier à Ho Chi Minh Ville, on pensait en arrivant à la technologie, l’agriculture urbaine. En effet, depuis plusieurs années, le gouvernement a mis la priorité sur le développement technologique de l’agriculture, et de nombreuses start-up naissent de cette dynamique. Ho Chih Minh Ville a développé la plus grande ferme urbaine au monde en zone périphérique de sa ville, à Cu Chi.

Peut-on pour autant dire que l’agriculture Vietnamienne est moderne ?
Peut-être bien que oui. En 20 ans, le Vietnam a réussi à devenir un exportateur agricole majeur sur la scène internationale. Le Vietnam a réussi à structurer certaines filières et faire de l’agriculture une force pour l’économie du pays : 2ème exportateur mondial de riz, 2ème pour le café, 1er pour le poivre et la noix de cajou.
Mais qui produit toutes ces denrées ? A quel prix l’agriculture vietnamienne obtient-elle ces résultats?

Derrière tout ça, ce sont plus de 40 millions de producteurs répartis sur tout le pays. Soit 42% de la population. En 1989, le gouvernement redistribue les terres agricoles afin de permettre à chacun d’avoir accès un son petit lopin de terre pour nourrir sa famille convenablement. Cette politique a certes permis d’assurer une sécurité alimentaire pour (presque) tous les vietnamiens, et a permis au pays d’être autosuffisant en riz (les producteurs ont tous l’obligation de produire du riz). Néanmoins, avec moins de 5ha de terre par tête, les producteurs font face à d’autres problèmes : difficulté d’accès au crédit, qualité de vie minimale et parfois à la limite du convenable, impossibilité de pouvoir prétendre à un niveau de vie supérieur. Le faible accès à l’information et la formation n’arrange pas les choses. Un soutien de l’État est apporté uniquement aux principales filières d’export, afin de s’assurer que les producteurs produisent selon les cahiers des charges fixés par le marché international.

Quant aux fruits et légumes, élément de base du régime vietnamien, très peu voire aucune aide n’est fournie par l’État. La place est bien souvent prise par de grandes entreprises semencières, qui fournissent les producteurs et les rendent dépendants. La majorité des producteurs, par manque de connaissances, appliquent et appliquent des pesticides sans limite, afin d’obtenir un produit dit « propre ».

Néanmoins, de bonnes initiatives existent, et heureusement. Des entreprises sensibilisées qui souhaitent fournir une meilleure qualité de vie aux producteurs, diminuer les doses de produits chimiques appliqués sur les sols et donc présents dans les produits finaux consommés en ville. Des entreprises comme « Les Vergers du Mékong » et « Marou » travaillent par exemple avec les producteurs, les forment à des pratiques culturales plus durables, afin d’obtenir des produits de qualité. Au-delà de ça, ils signent des contrats longue durée avec les producteurs afin de leur assurer un revenu sur une année, leur permettant d’investir dans le développement de leur exploitation.
Le système de coopératives se développe également, permettant aux producteurs d’une même zone de bénéficier d’une force de négociation plus importante sur les marchés, malgré leur petite surface individuelle et d’économiser ainsi sur les transports, la mécanisation, etc.

Néanmoins, ces initiatives restent minimes. Comment affirmer que le Vietnam a su développer une agriculture moderne et économiquement viable lorsque la majorité de sa population est agricole et vit encore difficilement de son métier ? Est-ce que l’utilisation massive de produits chimiques est toujours considérée comme une marque de modernité en 2019 ?

L’Etat doit s’engager au plus vite dans le soutien des petits producteurs et doit encourager leur transition vers des pratiques culturales durables. Sinon, il fera face très prochainement à des problèmes bien plus graves. Le Vietnam est également le pays le plus touché par le changement climatique et le premier à faire face à une problématique de santé publique globale due à l’alimentation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *